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| Écrit par Journal ICI | |
| 10-10-2008 | |
POÈTES, VOS PAPIERS!Sophie Durocher «Je suis sur la place publique avec les miens La poésie n’a pas à rougir de moi» Gaston Miron Ottawa coupe dans les subventions à la culture en invoquant le manque de retour sur ses investissements. Les artistes répliquent en disant que chaque dollar investi dans la culture rapporte 11 dollars en retombées économiques. Qui dit vrai? Tout ça ressemble de plus en plus à une dispute dans un congrès de comptables. Au milieu de cette guerre des chiffres, le Festival international de poésie de Trois-Rivières qui se poursuit jusqu’à dimanche nous rappelle que la culture échappe à tout discours mercantile. S’il y a quelque chose de gratuit, c’est bien la poésie. Tellement gratuit que les poètes sont souvent appelés des pelleteux de nuages! Tellement gratuit que les poètes crèvent de faim! Tellement pas payant que ça prend une aidante naturelle comme Chloé Ste-Marie pour en prendre soin! La poésie, c’est intangible; c’est l’art de l’éphémère. Ça ne coûte rien et ça ne rapporte rien. C’est une chose inutile mais essentielle. C’est un pied de nez formidable à tous les caissiers de la culture qui ne peuvent qu’aligner des chiffres: les revenus et les dépenses. En poésie, on est revenu de tout et on se dépense (sans compter). On dit «l’industrie du cinéma» mais on ne dira jamais «l’industrie de la poésie». La poésie, ça ne paye pas l’épicerie, mais ça nourrit. Ça ne paye pas le loyer, mais ça nous habite. Pourtant, Gaston Miron n’est pas moins un incontournable de notre culture que Robert Lepage ou Guy Laliberté. Sans la poésie de Denis Vanier, il n’y aurait pas les chansons d’Alexandre Belliard. Sans les mots de Roland Giguère ou du jeune Alexis Lapointe, il n’y aurait pas les trois disques de Chloé Ste-Marie. Sans le poète franco-ontarien Patrice Desbiens il n’y aurait pas certaines des plus belles tounes de Richard Desjardins. Sans Claude Péloquin, pas de «Lindbergh» pour Robert Charlebois. Sans Aragon et son poème «L’affiche rouge», on n’aurait pas eu une des belles scènes du film 15 février 1839 de Pierre Falardeau, puisqu’il s’en est inspiré pour les paroles que le Chevalier de Lorimier adresse à sa femme avant d’être pendu pour haute trahison. J’ai découvert la poésie au secondaire grâce à une prof de français particulièrement allumée. Mais elle n’aurait sûrement pas réussi à me rendre accro de Rimbaud, Neruda, Daoust ou Desrochers en me parlant comme un gérant de caisse populaire et en me disant: «La poésie, ça rapporte.» Ça serait bien d’ailleurs qu’au Québec, dans les écoles, on fasse lire aux étudiants de jeunes poètes idéalistes au lieu de vieux chroniqueurs cyniques. Chaque mois, Yann Martel envoie un livre à Stephen Harper. Moi, je lui enverrais le recueil Le livre des plages (Les Herbes Rouges) de Louis-Philippe Hébert qui vient de remporter le Grand Prix Quebecor au Festival international de poésie de Trois-Rivières: «Je veux entendre parler une langue noire et blanche comme des notes de musique sur une portée un peu chantée les mots bien prononcés qui sonnent si vrais des yeux tristes qui vous regardent des yeux qui vous veulent des yeux qui veulent vivre en noir et blanc qui n’attendent que cinq heures pour revenir à la maison et s’installer devant la télévision avec sur les genoux tout fumant un TV dinner transparent.» LE TEMPS DES BOUFFONS Parlant de Falardeau, il vient de publier aux Éditions du Québécois La job, le scénario de son dernier film à avoir été refusé par les institutions. Il nous offre d’ailleurs en annexe trois rapports de lecture d’analystes de Téléfilm qui ont refusé le financement à son film. Dans l’intro, il se moque des comités de lecture: «Beethoven n’a pas écrit la 9e en écoutant les recommandations d’un groupe de travail. Rembrandt n’attendait pas les conseils des connaisseurs. Rodin ne voulait rien savoir des remarques du Conseil de Ville de Calais. On ne fait pas une œuvre d’art en comité, en groupe ou en sous-groupe.» Pas modeste pour deux cennes mais assez bien envoyé. www.icimontreal.com |
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