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Les arrivistes
| Les arrivistes |
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| Écrit par Journal ICI | |
| 10-10-2008 | |
Par Pierre Falardeau
Quand le gouvernement canadien s'est acheté une nouvelle gouverneuse générale, après Adrienne Clarkson de la Canadian Broadcasting Corporation, il a eu pour le même prix la grand'tarte à Jean Daniel Lafond, philosophe de bottine à Radio-Cadenas. Autrefois, on nommait des militaires à ce poste vice-royal. Aujourd'hui, on fait dans le radiocanadien à tour de bras: le nouveau bras armé du pouvoir fédéral. À l'époque, quelques esprits chagrins avaient reproché à Sir Lafond son arrivisme de bas étage. Je n'ai jamais très bien compris ces remontrances plus ou moins méchantes. On ne reproche pas à un arriviste le désir d'arriver. C'est dans sa nature même. C'est comme reprocher à une moufette ou à un putois de sentir mauvais. On perd son temps et son énergie en critiques inutiles. Son excellence a toujours voulu arriver et, après de nombreuses années, il arrivait enfin quelque part. Un tel effort mérite des applaudissements. Vice-roi d'une sombre banlieue néo-coloniale à Ottawa, ce n'est pas grand-chose mais ce n'est pas rien. On arrive où on peut. Chacun fait de son mieux. Faut vraiment être taré jusqu'au trognon pour s'amuser à faire des tatas en carrosse dans les rues d'Ottawa, écouter de la cornemuse aux funérailles des picouilles de la police montée ou manger des petites sandwiches pas de croûte avec des artistes anglo-canadiens de Thunder Bay ou de Flin Flon. Pauvre homme. Ben bon pour lui! Parlant d'arrivisme, je sais très bien de quoi je parle puisque je viens d'arriver au ICI. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est mieux que rien. Après tant d'efforts, je suis content. Après avoir craché pendant des années sur les journaleux, les chroniqueux, les critiqueux et les éditorialeux de notre médiacrassie vaguement consanguine où tout ce joli monde s'entre-invite sans gêne, à bouche que veux-tu, j'y suis arrivé. J'ai maintenant une place, une tribune dans la confrérie des grandes gueules patentées, des défonceurs de portes ouvertes, des faiseurs de phrases vides, des parleurs au travers de son chapeau, des gérants d'estrades à doctorats, des péteurs de broue, des sniffeurs de caleçons sales genre Lagacé ou Richard Desmarais, des racleurs de fond de poubelle genre Cassivi, Guy Fournier et autres petits maires d'Huntingdon ou d'ailleurs. Toutes mes basses attaques contre ces andouilles n'étaient que de la frime. Maintenant que je suis parvenu à mes fins, je ferme ma gueule et je me mets à ronronner comme les autres. À mon tour, je vais pouvoir dire n'importe quoi, n'importe où, n'importe quand et n'importe comment. Comme Martineau, Dutrizac ou Benoît Aubin. Brasser du vent. Créer du vide. Je vais pouvoir écrire des tonnes de niaiseries comme Mario Roy, des montagnes d'âneries bilingues comme le p'tit Dubuc, des andrépratteries sans fond comme André Pratte, le porte-crotte de Monsieur Paul et on va m'inviter en plus à Radio-Canada pour converger à qui mieux mieux avec Power Corporation. Mais malgré toute ma fierté d'y être enfin arrivé, je panique un peu, j'ai mal au ventre, je ne suis pas sûr d'être à la hauteur. Pour être aussi nul que Chantal Hébert, Jean Herman Guay ou Courtemanche, ce royaliste de gauche «Npédiste», ça prend un certain talent. Pour élaborer des théories aussi fumeuses que celles de la Bazzo ou de la grosse plorine à Michel C. Auger, il faut un certain génie. Pour penser avec le petit Marissal ou Hélène Buzetti que le Parti libéral du Canada est un parti de gauche, ça prend une bonne dose d'imagination et d'alcool fort. Avec tous ces éminents spécialistes qui nous disent exactement quoi penser, quoi dire, quoi lire, quoi manger, quoi chanter, quoi aimer, quoi acheter, je vais pouvoir me prononcer sur tout et sur rien en toute impunité. Je vous donnerai mon avis gratuit sur le tsunami, la crise des urgences, la listériose, le bouclier anti-missile, les tampons hygiéniques aux OGM biologiques, la récession mondiale, le G20, la crise au Darfour ou la pensée politique du gros Coderre. Il y aura la semaine prochaine des élections fédérales. Pour qui voter? Des artistes un peu moumounes, un peu mélangés dans leurs papiers y vont de la recommandation suivante: «N'importe qui sauf Harper!» Tu parles d'un mot d'ordre fif. Ça veut dire quoi, cette recommandation mollassonne? Les socialistes d'Outremont, ma-chère, voteront-ils pour Mulcair, cet ancien ministre libéral d'Alliance Québec, ou pour Sébastien Dhavernas, ce cabotin de troisième ordre ex-toutes-sortes-d'affaires? Et dans Papineau, vous voulez peut-être qu'on vote pour Justin Trudeau, le fils de l'autre, pour contrer Harper? Et dans Saint-Laurent, pour le petit rat avec sa clarté référendaire? Et dans Montréal-Nord pour Coderre? Et pour Marc Garneau, l'astronaute dans la lune? Il faut voter pour le Bloc. Point. Les plus progressistes de la gang! Le problème avec le NPD, c'est qu'ils sont de la gauche mais canadiens. C'est ça, leur problème: canadiens, mcgillois, rhodésiens. Et les peureux de Québec Solidaire, on attend toujours votre mot d'ordre! Minable. www.icimontreal.com |
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| Dernière mise à jour : ( 10-10-2008 ) |
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