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| Écrit par Journal ICI | |
| 26-09-2008 | |
L’ACCÉLÉRATIONMarie-Louise Arsenault Il fallait y penser: Kevin Kelly, le rédacteur en chef du magazine Wired, donne en ce moment une conférence, que l’on peut voir sur TED (www.ted.com), où il réfléchit aux changements technologiques, en proposant de les mettre en perspective, en se déplaçant dans le temps par tranche de 5000 jours. Où étiez-vous, au fait, il y a 5000 jours? Ça fait plus de 13 ans, ça, en passant. Un siècle, quoi. Pas besoin de remonter aussi loin en fait pour réaliser que beaucoup de choses ont changé dans notre monde en perpétuel mouvement. Reculons juste de 1000 jours, tiens. Il y a à peu près trois ans, donc. En 2005, il n’y avait pas de Facebook (qui fut ouvert au public en septembre 2006) et pas grand monde ne connaissait ou utilisait fréquemment YouTube qui fut lancé en avril 2005. Aujourd’hui, Facebook est l’un des cinq sites web les plus visités au monde et a dépassé, le mois dernier, le cap des 100 millions d’usagers, selon son propre fondateur qui a 24 ans. Pendant ce temps, YouTube présente plus de 9000 heures de contenu inédit par jour et offre plus de nouveautés et de matériel que l’ensemble des 365 chaînes disponibles par satellite aux États-Unis selon les chiffres recueillis par Mike Wesch, un anthropologue qui enseigne à l’Université du Kansas et dont les réflexions sont disponibles sur YouTube, bien entendu. Une révolution vient donc de bouleverser notre monde, en moins de 1000 jours, sans que beaucoup d’entre nous n’aient eu le temps ni l’espace d’y réfléchir et d’en soupeser les conséquences, bonnes ou mauvaises. Voilà que cette réflexion s’amorce à peine et pourtant notre rapport aux autres, aux images (et à notre propre image) se sont complètement transformés depuis l’arrivée de ces outils dont les mutations les plus importantes restent encore à venir. «Où serons-nous dans 5000 jours?» demande Kevin Kelly. Quelqu’un veut-il se risquer à répondre? LA TÉLÉ PROZAC «L’écran est un reflet du monde. Alors, s’il y a peu de sensualité au cinéma, c’est probablement parce qu’il y en a peu dans nos vies», disait Denys Arcand dans l’épisode de Cinéma québécois, cette ambitieuse et réussie série en 13 épisodes conçue par George Privet et Claude Godbout et qui est diffusée depuis quelques semaines à Télé-Québec. L’épisode en question, celui de la semaine dernière, portait sur le désir. La plupart des invités convenaient, comme Denys Arcand et Pascale Bussières, que notre époque est celle de la rapidité, du sexe performance, vite expédié, déballé et consommé. Dans nos vies comme dans nos films actuels, donc, peu d’attente, de désir et de véritable sensualité. Mais ce qu’il y avait de plus fascinant à mes yeux dans cet épisode où l’on voyait tous ceux qui ont porté l’érotisme au cinéma d’ici, comme Micheline Lanctôt, magnifiquement libre dans La vraie nature de Bernadette, de Gilles Carle, c’est Claude Fournier, cinéaste opportuniste, parlant du film La pomme, la queue et les pépins, comme d’une occasion de faire de l’argent rapidement et puis Denis Héroux, l’heureux et très riche producteur de Valérie et de L’initiation, accordant une interview à une Lise Payette toute jeune. Or, c’est exactement ce moment-là de l’épisode qui m’a jetée par terre, moi. La franchise avec laquelle madame Payette a osé s’adresser à Denis Héroux en lui disant, en substance, que L’initiation, c’était «Valérie rides again», une franchise sans éclat, un sous-produit, en quelque sorte. On est en 1970, dans un talkshow diffusé en prime time à Radio-Canada, dois-je vous le rappeler? Les femmes n’ont toujours pas le droit de faire partie d’un jury ni de mettre leur nom sur un bail, mais pourtant, à la télé, le soir, elles questionnent sans gêne les intentions de leurs invités comme plus personne n’ose le faire aujourd’hui. «L’écran est un reflet de ce qui se passe dans nos vies», croit Denys Arcand. Les écrans devrait-on dire, où l’on confond promotion et journalisme et où tous les shows de télé doivent se passer dans la bonne humeur, la cordialité et le remontage d’ego, est donc un reflet de notre monde actuel. Cet écran, comme un état émotif sous anti-dépresseurs: sans saveur, sans couleur, lisse et prévisible, parfaitement contrôlé. La télé Prozac, quoi. www.icimontreal.com |
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