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Oscar Peterson Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Journal ICI   
22-09-2008


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Image LA CÉRÉMONIE D’OSCAR, par Sophie Durocher

Oscar Peterson a été pendant très longtemps le Québécois le plus connu sur la scène culturelle internationale. C’était avant Céline Dion et son succès interplanétaire. Duke Ellington l’appelait «le maharajah du piano». Né dans une maison en pierre grise de la rue Delisle à Saint-Henri, il a mis Montréal sur la map grâce son immense talent de pianiste et de compositeur de jazz. Ça va faire bientôt un an, le 23 décembre, qu’Oscar Peterson est mort. Et la ville qui l’a vu naître n’a pas encore trouvé comment lui rendre hommage.

Il y a des entreprises qui sont atteintes de «réunionite» aiguë et des villes qui sont atteintes de «comitite» aiguë. Montréal en fait partie. Au printemps de cette année, la Ville a annoncé qu’elle mettrait sur pied un comité pour trouver des façons d’honorer sa mémoire. Il a fallu attendre le 13 août pour qu’on connaisse les noms des neuf (vous avez bien lu, NEUF) membres du comité: entre autres le musicien Oliver Jones, grand ami de Peterson qu’il qualifiait de «plus grand pianiste de jazz de la planète»; André Ménard, du Festival international de jazz de Montréal; la journaliste Madeleine Poulin. Et même le mécène Pierre Bourgie, ancien CEO des maisons funéraires Urgel Bourgie, qui s’y connaît donc aussi bien en matières artistiques que mortuaires. Mais pourquoi réunir tant de grands cerveaux, aux horaires sûrement inconciliables, pour une tâche aussi simple?

S’il faut neuf membres dans un comité à Montréal pour trouver comment honorer un de ses fils les plus illustres, ne vous demandez pas combien il faut de fonctionnaires pour changer une ampoule à l’hôtel de ville. Avouez que les options ne sont pas illimitées: je ne sais pas moi, un square, une école de musique, un parc. Il n’existe quand même pas 72 endroits différents qui peuvent s’appeler Oscar-Peterson. D’autant plus qu’il y a déjà une salle de spectacle à son nom à l’université Concordia.

Le pire est que, selon mes sources, dès la première réunion dudit comité, la Ville a été très claire: AUCUNE rue ne changera de nom pour faire place à Oscar Peterson. Méchante volonté politique, n’est-ce pas? En plus, l’option station de métro est éliminée depuis que la STM a refusé en mars de renommer la station Lionel-Groulx. On a invoqué un moratoire sur les changements de nom. Pourtant plus de 5000 personnes avaient signé une pétition sur Facebook. Imaginez, au Québec, remplacer le nom d’un Canadien français (aussi controversé soit-il) par le nom d’un unilingue anglophone (aussi brillant soit-il). J’en connais qui se seraient étouffés dans leur café équitable.

Pendant qu’à Montréal on réfléchit fort (mais qu’on ne fait rien), les habitants de Mississauga en Ontario peuvent circuler depuis des années sur le boulevard Oscar-Peterson et envoyer leurs enfants à l’école Oscar-Peterson. À Toronto on peut prendre l’air dans la cour du centre Toronto-Dominion, rebaptisée Oscar Peterson Square. Et à Stouffville, en Ontario, une bourgade de 30 000 habitants où on compte déjà une garderie Oscar-Peterson, une école publique Oscar-Peterson vient d’ouvrir ses portes, pour la rentrée scolaire.

En vertu de sa Politique du patrimoine, la Ville se donne un délai d’un an après le décès d’une personnalité avant qu’un lieu public porte son nom. Mais pendant qu’on tergiverse à l’hôtel de ville, l’écrivaine acadienne Antonine Maillet coule des jours paisibles avenue ... Antonine-Maillet, dans Outremont. En voilà une qui n’a pas besoin de se demander comment sa ville d’adoption va lui rendre hommage le jour où elle ira au ciel, rejoindre Oscar qui joue sûrement du boogie-woogie à la droite de Saint-Pierre.

LA GRANDE BOUFFE
J’ai adoré Next Floor de Denis Villeneuve (Maelstrom, Un 32 août sur terre, REW-FFWD), qui a remporté le prix du meilleur court métrage à Cannes et une mention spéciale du jury à Toronto. Un banquet réunit des riches et des puissants qui s’empiffrent et s’en mettent littéralement plein la gueule. Tellement que le sol s’effondre sous leurs pieds et qu’ils se retrouvent un étage plus bas... où ils recommencent à s’empiffrer comme si de rien n’était. Une métaphore de 10 minutes sur la civilisation qui court à sa perte. C’est une fable sur la surconsommation et la dissonance cognitive (on sait ce qui n’est pas bon pour nous mais on le fait quand même). Next Floor a été produit grâce à la mécène Phoebe Greenberg. Donc entièrement sans subventions. Ce sera le film d’ouverture au Festival du nouveau cinéma de Montréal, en octobre. À consommer sans modération. www.icimontreal.com
Dernière mise à jour : ( 22-09-2008 )
 
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