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LE CAPITAL Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Journal ICI   
22-09-2008


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Image Ainsi, les bourses chutent, l’économie est en panne et le mot «récession» revient hanter nos esprits encore une fois.

Marie-Louise Arsenault

Il y a beaucoup de morosité dans l’air, c’est du moins ce que le discours ambiant laisse entendre. Or, la télévision, au-delà des bulletins de nouvelles qui colportent ce discours sans vraiment se donner la peine de le déconstruire, est un excellent reflet de cette situation. Et, dans un système capitaliste, que font les investisseurs lorsqu’ils craignent la chute? Ils vont vers des valeurs sûres, ce qu’on appelle, dans le langage des gens de l’argent, des «investissements avec rendements garantis».

Et c’est exactement, à peu d’exceptions près, ce qu’on fait dans l’industrie de la télé québécoise en cette nouvelle saison. Le retour des grands succès d’écoute que sont Occupation double, Star Académie, Tout le monde en parle et des affaires pas trop compliquées à ramener en ondes comme Le match des étoiles, La poule aux œufs d’or ou Belle et Bum sont là pour le prouver. Résultat: ce n’est pas une saison bien excitante qui s’amorce.

Les têtes que l’on voit passer à l’écran lorsqu’on zappe en soirée sont toujours les mêmes depuis 10 ans. Pire, dans un marché relativement restreint, certaines d’entre elles semblent gonfler perpétuellement en occupant de plus en plus d’espace sur une même chaîne ou en multipliant les contrats d’animation ou d’écriture dans plusieurs médias différents. Dans un entretien qu’il m’a accordé il y a quelques semaines, Guy A. Lepage admettait lui-même, en toute franchise, se considérer comme un animateur «en apprentissage». Or, dimanche dernier les membres de l’Académie lui ont remis le trophée de la meilleure animation d’un talk show pour la quatrième année consécutive devant les pros aguerris que sont René Homier-Roy, Stéphane Bureau et Christiane Charette. Ce n’est donc pas l’expérience de Guy A. que les Gémeaux ont récompensée par ce prix mais l’éclat actuel du personnage, le succès de son émission, sa visibilité et sa notoriété considérables. Comme le disait si bien le sociologue Pierre Bourdieu: «Le capital va vers le capital.» En cette époque un peu grise et même légèrement tristounette, c’est encore plus vrai.

L’ART DE L’INSULTE

La semaine dernière, je me suis tapé tout plein d’extraits du Daily Show, diffusé au Canada sur la chaîne CTV mais que l’on peut aussi facilement visionner sur le site web de la chaîne Comedy Central. L’animateur John Stewart, en grande forme, égratignait allègrement Sarah Palin et son manque de profondeur (déjà) proverbial. Son équipe faisait aussi une démonstration éloquente, extraits à l’appui, des contradictions monstrueuses dans le discours des commentateurs de droite qui pullulent sur la chaîne FOX, dans des discussions intempestives qui rappellent le ton pseudo dramatique des débatteurs de 110%. Ces commentateurs patentés, qui ont été carrément sexistes envers Hillary Clinton lors de sa campagne à l’investiture démocrate pour ensuite, quelques mois plus tard, accuser les détracteurs de madame Palin d’un sexisme éhonté, avaient tous l’air d’une mauvaise foi bien crasse, lorsque passés au moulinet du Daily Show. La preuve éclatante, en somme, qu’il n’y a pas que les politiciens qui font du révisionnisme. Aux États-Unis, les commentateurs en sont aussi capables. Mais au moins, et je suis un peu désolée de le remarquer encore une fois, il semble qu’il n’y ait que les Américains pour réussir à démonter de façon implacable la rhétorique boiteuse des candidats et celle de la vaste cour qui les entoure.

Pendant ce temps, ici, la campagne électorale bat son plein et l’on ne trouve personne pour découper au scalpel les propos contradictoires ou carrément confus de Stephen Harper, de Jack Layton ou de Stéphane Dion. Oh, il y a bien des clowns sympathiques comme Rick Mercer et quelques «mémères» de sous-sol comme Jean Lapierre, mais des racleurs de fond, armés jusqu’aux dents comme John Stewart, Stephen Colbert ou même Tina Fey, des vrais satiristes donc, franchement, notre horizon cathodique n’en propose aucun.

Vous me direz que, malgré toute cette artillerie critique du pouvoir et ce déboulonnage de démagogie, les Américains vont (peut être) quand même continuer à élire des crapules. Vous avez bien raison. Mais dites-vous bien qu’eux au moins, ils ont l’air d’en être parfaitement conscients.www.icimontreal.com
 
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