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Lasse Vegas Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Journal ICI   
22-09-2008


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Image Las Vegas. Pas un trou perdu, pas une vraie ville non plus.

Nelly Arcan

Un mélange de New York et de Miami, sans racines ni océan. Un château de sable brûlant sous un soleil intarissable, arraché au désert et habillé de lumières. Un terrain de jeux cuivré dont l’extérieur est tout entier consacré à vous faire dépenser. Des gros sous pour du faux. De l’argent sonnant, pour du toc. Comme Grosse vie. Vous avez vu? Ce sitcom «gras trans» avec Normand Brathwaite dans son propre rôle, un gérant qui se veut véreux, une femme petite bourgeoise idiote et des enfants gâtés, arrogants? Une psychologue bavarde? Tout ce beau monde riche dont l’unique dimension est la grosseur? Dont le but est d’être gros, juste gros? J’ai essayé de tenir jusqu’à la fin du premier épisode, sans succès. Après que le malaise m’a traversée une vingtaine de fois, malaise dû autant aux farces qui tombent à plat qu’aux rires jaunes et déplacés d’un public qui paraît forcé de rire, des rires qui fusent sans que rien ne les justifient, j’ai laissé tomber. C’est comme ça... Le gras trans, ça ne me botte pas. Je préfère le long délire de propos décousus et la litanie d’insultes de Jean Leloup lors de son passage à Christiane Charette. Je préfère son persiflage et son cynisme. D’ailleurs, Leloup se fendrait bien le crâne avec sa guitare sous la pression d’un trop fort dégoût devant l’obésité ambiante des States. Il exploserait bien en injures devant la masse de gamblers qui dort au gaz, mollement assise devant les milliers de slut machines que l’on retrouve partout, dans les aéroports comme dans les centres d’achats, longeant parfois le Las Vegas Boulevard pour jouer un jeton sur une table à poker ou mettre une piasse dans la fente d’un Double Diamond. Tout ça dans l’espoir d’assister au miracle de trois cerises en ligne sur un tambour qui tourne. Le jackpot, au bout de l’argent investi.

La slut machine: une machine qui joue toute seule dans son coin, mais avec votre argent. Un minimum d’intervention de votre part (insérer de l’argent, presser un bouton), pour un maximum de rougeoiements, de bips et de gloussements, de ting-ting-ting-ting-ting, de la sienne. Vous n’avez qu’à la nourrir pour qu’elle avale. Vous n’avez qu’à tendre la main pour qu’elle déploie ses cliquetis et ses couronnes de lumières, en faisant trois tours sur elle-même...

LE DÉSERT, MATIÈRE À RÉFLEXION

Mais c’est surtout l’effroi suscité par les splendeurs du désert du Nevada vues depuis l’avion qui me restera en mémoire. Ça fait peur. Un mélange de sauvagerie impossible à mettre en cartes postales, de rudesse et de sécheresse, de grandiose stérilité (d’un autre genre que Vegas), de textures en lamelles et de sinuosités rocheuses qui paraissent modestes vues de haut mais qui sont en réalité abyssales. Impossible de faire autrement que de s’imaginer perdus et seuls au milieu de cette immensité extraterrestre, où, à moins d’être sauvés par un hélicoptère survolant par hasard l’endroit de votre parachutage, c’est la mort à tout coup. Ce qui sauve la mise? Le Grand Canyon. Oui, c’est cher. Et il faut y aller en hélicoptère. Des heures et des heures de papillons au ventre et de frissons dus au vertige. Mais ça vaut le coup. Ça coupe le souffle. On rend les armes. On se rend à l’évidence de nos proportions ridicules. On constate la petitesse et la précarité de l’existence humaine. Si je n’ai pas pleuré, c’est parce que la force du soleil, qui fait bouillir toute surface exposée (et tout, dans le désert, est exposé), fait s’évaporer sur-le-champ la moindre parcelle d’humidité.
Les Américains de cette région sont gentils. Ils sont faciles à vivre. On aura beau dire, ils sont affables et bienveillants... bien que vulgaires dans leur ensemble. Sur ce point de leur facilité à sourire et de leur compagnie plutôt agréable, je les préfère, et de loin, aux Européens du nord.

L’omniprésence du Cirque du Soleil. Les publicités sont partout, tellement grosses qu’elles semblent dominer la ville. On dirait que Las Vegas ne jure que par le Cirque du Soleil. C’est toujours flatteur pour le Québec. Une forme d’exposure pour le français, et une façon de dire qu’un petit bout de nous est connu du monde entier, même si, pour la plupart, les gens n’en connaissent pas l’origine. Il y a toujours quatre ou cinq spectacles qui roulent en même temps, dont KÀ, Zumanity, Mystère, et le sidérant Ô...

Mais Las Vegas, en gros, c’est un one night stand. Il n’y a pas de lendemains qui chantent. Comme Grosse Vie, on s’en lasse vite. C’est une ville qui ne tient pas la route. Il y a comme un truc, là-bas, qui vaut peut-être le détour, mais pas le retour... www.icimontreal.com
 
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