Journal ICI
Thomas Fersen
| Thomas Fersen |
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| Écrit par Journal ICI | |
| 05-09-2008 | |
Si t'es pas poli, sois joliThomas Fersen et Fred Fortin s’allient dans un joyeux métissage qui fait Trois petits tours. Rencontre en deux temps. Evelyne Côté Thomas Fersen est un grand fantaisiste. Qu’on le connaisse pour son répertoire-bestiaire aux riches rimes ou encore ses reprises pimentées d’ukulélé, l’homme a clairement une vie intérieure très animée. Semi surprise, donc, d’apprendre qu’il avait fait appel à Fred Fortin pour réaliser son nouvel album, intitulé Trois petits tours, en magasin mardi. Semi, parce que même après l’exercice dépouillé de la dernière tournée de Fersen (seul avec son complice Pierre Sangra), on sentait fourmiller sous la simplicité de l’ukulélé-voix des chansons-objets: des chansons en trois dimensions qui ont des odeurs, qui portent des vêtements, qui tombent en bas de leur chaise. Sous les lignes épurées, l’espace habité était grand. Puis, surprise parce qu’esthétiquement, entre les élucu-brations légères de l’ukulélé, empreintes de l’approche musicale française proche des textes, et le barda harmonieux mais râpeux de Fred, il y a plus d’un pas. Un océan, carrément. «C’était mon septième album, alors je me suis demandé réellement ce que j’avais envie de faire, avec qui j’avais envie de travailler. La première réponse, ç’a été Fred», répond simplement Thomas, qui est allé rencontrer le Fortin en question à la Flèche d’or, un genre de Foufs à deux pas du cimetière du Père-Lachaise à Paris, où le Bleuet jouait avec sa bande distorsionnée de Galaxie. «Les deux albums précédents, c’était moi qui avais fait les arrangements et, pour celui-ci, au contraire, je voulais les confier à quelqu’un.» Alors, pourquoi Fred, un joyeux illuminé du Lac Saint-Jean proche des Breastfeeders et instigateur de Gros Mené? «C’est quelque chose que j’avais déjà entendu sur ses disques: la créativité. Et musicalement, c’est un très bon musicien. Il a un sens du rythme, de la mise en place qui est très particulier. Chaque instrument, il en tire quelque chose. Même un sac de chaussures de ski! Et ça fait de la musique.» Les percussions improvisées du sac de bottes de ski, elles s’accompagnent de «grosse caisse de fanfare des Épis d’or de Saint-Maurice», de «cabaxa» et de «caxixi», et répondent justement à la fantaisie du texte de la pièce «Chocolat», où un caniche affamé sauve l’auteur de la prison... Comme quoi les deux originaux étaient faits pour s’entendre sans bon sens. Trois petits tours Retour en arrière, en février passé. Thomas envoie à Fred ses chansons composées au ukulélé uniquement. Fred les habille sur son 4-pistes dans Centre-Sud, avec basse et batterie. Puis, Thomas vient se les geler une énième fois au Québec. Car au fil de ses nombreuses visites ici, le chantre à la puce a développé une québécophilie certaine. «Je connais pas tout, mais les gens que je rencontre chez vous me font découvrir des choses», dit humblement celui qui en connaît plus qu’il ne l’admet. «J’étais dans un trip ukulélé ces deux dernières années. Après, je savais qu’en confiant la réalisation à Fred, ça allait changer; même en écrivant au ukulélé, c’est ce que j’attendais de lui, de transformer ce son et de créer un univers sonore.» Une visite d’une semaine, puis une autre d’une dizaine de jours rassemblent Thomas et Pierre, Fred et toute sa bande (Olivier Langevin, Dan Thouin, Julien Sagot, Jocelin Tellier...) au studio montréalais de Pierre Marchand pour enregistrer. L’ambiance est détendue, carbure au vin rouge. On mise sur la chimie entre toutes les parties pour faire lever les tounes. «Par rapport au précédent qui était plus sombre, celui-ci est plus joyeux. Je voulais quelque chose d’assez léger, d’assez réjouissant», explique Thomas. Un retour métissé qui, sans être particulièrement world même si on emprunte ça au Buena Vista Social Club («La malle»), là au country («Les mouches»), se glose des teintes de ukulélé soprano surtout (que Fersen préfère parce qu’il est «teigneux»), baryton parfois. On reconnaît la touche Fortin à la batterie de «Ce qu’il me dit» et «Concombre», les plus claires-obscures des pièces, dont la deuxième s’accompagne même de Moog. «Il aurait pu l’enlever Fred, l’ukulélé, s’il avait voulu. Je l’ai pas imposé», dit l’auteur-compositeur-interprète de l’approche de son nouveau réalisateur, qui s’était occupé dans le passé de ses propres albums, de celui des Courtepointes d’Arseniq33 ainsi que d’une partie du Chihuahua de Mara Tremblay. «Sauf que quelquefois il manquait, ou encore il était un peu absorbé par la chanson. Et dès qu’on fait des chansons sur un instrument en particulier, et qu’on met les autres de côté, après on a envie de les retrouver. C’est vrai que ça influence beaucoup l’écriture, un tel ou un tel instrument», dit-il ensuite de son six-cordes fétiche. D’ailleurs, revenons à cette tendance nette de l’ami Fersen de mettre en situation des animaux et des objets animés d’une personnalité propre, en l’occurrence pour Trois petits tours, de sa chère... valise. D’entrée de jeu, on la présente («Germaine», qui «contient tout ce que [Thomas] a de plus beau, ses rêves et sa culotte de peau»), elle qui revient épisodiquement, à peut près une pièce sur deux. «C’est que j’y crois, en ces objets-là... Y’a des objets comme ça qui ont une personnalité», commence le principal intéressé. «Fred, par exemple, a un certain fétichisme pour sa basse. On le voit bien, il l’aime cet instrument, il y a là du sentiment, et pourtant c’est un morceau de bois. Pour moi, c’est ma valise parce qu’elle est toujours avec moi. Elle est insignifiante, elle est pas jolie, mais je la connaît par cœur, je peux l’ouvrir dans le noir! Ça devient donc quelque chose de familier. Et donc elle a un prénom, et c’est Germaine. Mais je ne donne pas des noms à tous mes objets... C’est vraiment le stade ultime de la personnalité d’un objet.» Et son fidèle compagnon ukulélé, il a un nom lui aussi? «Trouver un nom pour un objet, c’est long, hein! Faut faire ses preuves. Mais il a un surnom: “le p’tit’’.» Qui fait partie intégrante de la valise: «Il rentre dedans.» www.icimontreal.com |
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| Dernière mise à jour : ( 05-09-2008 ) |
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