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Wajdi Mouawad Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Journal ICI   
05-09-2008


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Image La question de l'enchantement

Après avoir créé son spectacle solo à Chambéry et l’avoir joué dans plusieurs villes de France, Wajdi Mouawad amène son nouvel objet théâtral au Théâtre d’Aujourd’hui.

Maude Gareau

Artiste associé de l’Espace Malraux à Chambéry pour trois ans, Wajdi Mouawad y a créé un spectacle bien différent de ses précédents Littoral, Incendies et Forêts: l’acteur, auteur et metteur en scène a choisi de faire un solo intitulé Seuls. «Au départ, quand je disais “je vais faire un solo”, je faisais une énorme nuance. Je disais aux gens “je ne veux pas faire de monologue. J’ai envie d’être dans un local de répétition et d’utiliser tout ce qui est sous la main pour faire un spectacle qui peut très bien se passer de paroles. En fait, qui peut passer par la parole peut-être, mais pas uniquement.” Alors, petit à petit, des matériaux autres que le texte sont entrés en ligne de compte comme un matériau textuel.»

Ainsi, si Mouawad est seul en scène, plusieurs langages l’accompagnent: les éléments scénographiques font entièrement partie de la manière dont l’histoire se raconte. L’auteur explique: «Par exemple, au lieu d’écrire avec des mots, j’écrivais avec des sons. Pas que je devenais sonorisateur, j’écrivais avec du son. C’est la même chose avec la vidéo: je ne devenais pas vidéaste ou
réalisateur, j’écrivais avec des images en mouvement. Et tout cet assemblage, l’un dans l’autre, s’est mis en place pour devenir une sorte d’écriture polyphonique. Le spectacle ne repose pas uniquement sur la prestation acteur/texte, comme ça peut être le cas dans Littoral, Incendies ou Forêts, mais sur le recoupement de différentes sortes d’écriture qui vont se croiser.»

À travers ces divers médiums, le personnage incarné par Mouawad (Harwan, un Libanais exilé au Québec) «est un étudiant en sociologie de l’imaginaire qui prépare une thèse qui a pour titre Le cadre comme espace identitaire dans les solos de Robert Lepage». En panne, il décide d’aller à la rencontre de Lepage qui prépare alors un spetacle à Saint-Pétersbourg. Arrivé là-bas, Harwan ne trouve pas son mentor, mais le chavirement est intense. Bien sûr, les rapprochements entre les solos du grand Lepage et le spectacle Seuls se tissent d’eux-mêmes. Par contre, Mouawad explique que ce n’est pas la référence qui est vraiment importante: «Il y a d’autres choses qui sont en jeu, d’autres questions qui sont posées et ces choses me sont totalement personnelles, totalement intimes. Et là, il y a une véritable rencontre: à travers l’inspiration que vous pouvez avoir grâce à un autre artiste, vous pouvez vous rapprocher davantage de vous-même.»

En plagiant parfois, mais de manière maladroite et fragile, les solos de Lepage, Mouawad a utilisé son inspiration pour «être capable de basculer», de faire chavirer un univers pour mieux s’approcher de soi. «Dans la langue, extrêmement banale, ça ne ressemble pas beaucoup à Littoral, Incendies ou Forêts. J’ai vraiment travaillé sur le “banal”, aucun lyrisme dans le texte. Il y a beaucoup de choses que j’ai remises en question dans ce spectacle. Déjà, il n’y a qu’un acteur et ce n’est pas un personnage épique, c’est un personnage comme vous et moi.»

Au cœur de Seuls, on retrouve aussi la question de l’enchantement: comment le retrouver? «Quand je dis “je ne vois pas l’enchantement”, ce n’est pas un truc psychanalytique de l’ordre de la dépression. Ce que je veux dire par là, c’est que cette question de l’enchantement est perdue, égarée. Et quand on veut la retrouver, on ne sait pas du tout comment la gérer parce qu’on se rend compte qu’il faut qu’on déchire bien des choses de notre vie quotidienne. Poser le geste de l’enchantement peut être extrêmement massacrant, extrêmement douloureux. Donc, ce n’est pas du tout une question naïve.» Cesser de ne se considérer que dans un rapport domestique ou scolaire, retrouver notre vie sauvage, se poser la question «qu’est-ce que je fais de ma vie» en y répondant autre chose que son métier...

Et le «s» de Seuls? «Il renvoie peut-être à deux sortes de solitude: une solitude subie - quand vous êtes seul et que vous êtes totalement désespéré d’être seul, vous avez une solitude ennuyante - et une solitude enchantée, qui est la solitude
fabuleuse quand vous êtes exactement à la place où vous devez être. Et dans le
personnage qui est en scène, on va le voir dans ces deux situations: il va passer d’une situation à une autre, d’une solitude à une autre solitude.» www.icimontreal.com
Dernière mise à jour : ( 05-09-2008 )
 
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