Journal ICI
Rock Tzar
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| Écrit par Journal ICI | |
| 05-09-2008 | |
Obama rocke
Nelly Arcan
Obama rocke. Il a du chien, de la gueule, la force de la jeunesse, il a juste ce qu’il faut d’arrogance pour réveiller un électorat qui semblait jusqu’ici dormir au gaz (à l’ombre de ses pétrolières); Obama a du coffre, du front à tour de bras... et une peau noire (mais pas trop). On lui pardonne bien des choses, au possible futur élu, tant on réclame un sauveur dans la tourmente actuelle. Rien n’est plus dangereux que l’urgence de voir arriver un sauveur. Car dans l’urgence, les sauveurs arrivent à tout coup. On devrait pourtant être au courant, depuis le temps: la ferveur est suspecte. À prendre avec des pincettes. Le temps est venu de subir, encore une fois, l’écrasante présence de nos voisins du Sud. Qu’ils souffrent massivement d’embonpoint n’arrange pas les choses. Quand ils se lèvent comme un seul homme, mus par une irrépressible envie de s’envoyer une demi-douzaine de Big Mac derrière le logo CNN de leurs t-shirts extra-larges (peu d’entre eux portent une cravate), eh bien, des dépressions de grisaille et de pluie qui durent des mois nous empoissonnent la vie. C’est une pure question de physique quantique. Les vieux nids-de-poule se rouvrent comme de vieilles plaies et de nouveaux apparaissent, en talles, comme si une force souterraine venait faire imploser notre asphalte. C’est le temps pour eux de choisir et pour nous, proximité oblige, d’être les témoins affligés ou terrorisés, c’est selon, du grand cirque que constitue la course à la présidence américaine. Mieux vaut en rire? Mieux vaut prendre avec un grain de sel cette vidéo de 8 minutes, diffusée, entre autres endroits, sur YouTube, où Obama change de position plus de 20 fois sur l’obsédante et très combien explosive question de l’occupation américaine en Irak (Whatever the Politics Demand)? Pas sûr. De nos jours trop d’enjeux impliquant trop de monde nous empêchent de regarder les Américains de haut ou de prendre leurs affaires à la légère: changements climatiques, menace terroriste, champs de bataille mouvants, multipolarité (États-Unis, Chine, Russie, Europe, Irak, Proche-Orient et Afrique du Nord)... C’est aussi le moment de constater comment les spots publicitaires conçus par les deux parties parviennent à envoûter les foules. Ces petites capsules qui ne servent pas tant à promouvoir Obama ou McCain, mais à dénigrer l’adversaire. À procéder, de manière systématique, à un épouillage minutieux. Des pubs qui s’échinent à sortir les squelettes du placard de l’autre ou à souligner ses incohérences en recueillant des déclarations faites dans le passé pour les accoler à d’autres, plus récentes, qui expriment une pensée opposée. Avec Obama, ce n’est pas le matériel qui manque... Au montage, ses détracteurs doivent se faire, en ce moment, un fun noir. On s’applaudit par la bande de la discréditation de l’autre. On dirait que le fiel, plus toxique, marque davantage que l’autopromotion. Le monde embarque. Et le monde, ça vole pas haut, niveau distance critique. C’est aussi une question de physique (force de gravité qui nivelle par le bas). C’est pour cette raison de la tendance des foules à entrer en transe, bouche grande ouverte, que la pub en général fonctionne si bien, mais c’est aussi pour cette même raison que rien ne va changer. Tant que les élus seront si étroitement liés à l’envoûtement des électeurs, et non à une réelle compréhension qu’ils possèdent de la politique, on ne peut espérer autre chose qu’un cirque. De croire que l’administration d’Obama transformera, comme par enchantement, l’économie américaine et surtout la politique étrangère de Washington n’est pas de la naïveté - ça fait longtemps qu’un tel concept n’existe plus. C’est de la paresse crasse - car il faut l’être, paresseux, pour s’éviter la peine de connaître la réalité du monde politique et son fonctionnement. Il faut être paresseux pour penser que le système actuel considère ce que veulent les citoyens - car ce qu’ils veulent est simplement récupéré par ce même système. C’est ce qu’on appelle un conditionnement. Ces pubs mélodramatiques présentées sur fond de musique pleine d’emphase, associant dans ce cas-ci Obama au terrorisme et à son inexpérience, et McCain à un clone de Bush ou à sa fortune qui le discrédite devant les sinistrés de Gustav (il possède tant de maisons qu’il est incapable de se rappeler leur nombre), ont un côté retors qui mérite d’être critiqué. De l’esbroufe qui se prend pour de l’information. Obama rocke... Mais quand le grondement des applaudissements qui le font briller va cesser, il ne nous restera qu’à le regarder aller. Ma main au feu qu’il va nous en faire, des belles claquette. www.icimontreal.com |
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