Journal ICI
La Psychose
| La Psychose |
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| Écrit par Journal ICI | |
| 05-09-2008 | |
Par Marie-Louise Arsenault
C’est ma sœur Mimi qui m’en a parlé. «On avait l’impression qu’ils n’avaient rien d’autre à faire», m’a-t-elle dit, lors de l’une de nos nombreuses conversations téléphoniques. Le fameux «ils» auquel elle faisait référence, ce sont les journalistes des bulletins télé, ceux qu’elle a vus «s’exciter» autour de l’affaire, très banale, de cet avion d’Air France, qui a légèrement dévié de sa trajectoire, à l’aéroport Trudeau, il y a plus de deux semaines. Un avion qui dérape dans le gazon à l’atterrissage, sans causer ni blessés ni dommages, mais qui occupe malgré cela suffisamment de place dans les bulletins de nouvelles pour que Mimi trouve «ridicule et complètement inutile» l’insistance avec laquelle on s’est empressé de monter l’affaire en une meringue bien soufflée, avec images en direct à l’appui.
Mais ça, hélas, c’était avant l’apparition de l’hystérie listériose, cette bactérie présente dans certaines charcuteries. Une bactérie qui fait des MORTS au Canada. Un gros morceau. La manne, quoi. Bon, là comprenez-moi bien, je préviens les coups: ce ne sont pas les morts qui provoquent mon cynisme, eux et leurs proches, en fait, ont toute ma sympathie. Mais des morts par listériose, il y en a plusieurs par année, semble-t-il, depuis déjà longtemps. Mais avant, on n’en parlait pas. Parce que les morts échelonnés sur toute une année, ça n’intéresse personne, c’est un non-événement. Et c’est là que le bât blesse, justement, dans cet appétit vorace des médias, devenus tellement nombreux et tellement compétitifs, qu’ils s’alarment rien qu’en flairant le drame ou son ombre, sans véritable égard pour son importance réelle ou pour sa véritable incidence. Et nous, qui regardons les nouvelles télévisées, devenons des êtres angoissés, incapables de faire la différence entre une information juste et une affaire déplorable, certes, mais qui, par répétitions et par enflures, prends des proportions gigantesques. Bien entendu, il y a de bonnes raisons de parler de la listériose: la proximité, la remise en question des conditions de traitement de la nourriture industrielle et même de la consommation d’un tel type de produit. Mais d’autres réalités marquent le monde dans lequel nous vivons, des réalités au moins aussi complexes que celle d’une bactérie tueuse. Le Darfour. Le viol systématique des mères de famille en Haïti. L’agonie économique des régions du Québec. Mais le problème, comme le disait si bien mon ami Hugo, c’est que «l’hélicoptère TVA ne se rend pas jusque-là». L’âge des femmes «Ta carrière se porte bien parce que tu es encore jeune. Mais, le jour où tu auras 50 ans, plus personne ne voudra de toi à la télé», m’avait dit Janette Bertrand, alors que nous participions ensemble à une émission sur l’âgisme, il y a quelques années de cela. Je suis encore loin de La marque fatidique, mais la présence quasi quotidienne à la télé d’Anne-Marie Dussault, de Céline Galipeau ou de Suzanne Lévesque, qui ont toutes dépassé ce cap, laisse croire qu’elle avait tort, cette Janette, à qui nous devons notre admiration. Mais l’actualité récente tend pourtant à lui donner raison. Cette actualité, elle concerne une journaliste britannique, Selina Scott, 57 ans, qui vient d’intenter une poursuite contre Channel Five, qui, dit-elle, lui avait promis une présence à l’antenne de son bulletin de nouvelles, en remplacement de Natasha Kaplinski, que la grossesse devait l’éloigner des ondes, à partir du mois dernier. Or, en juin, Channel Five a annoncé sa décision de remplacer madame Kaplinski, non pas par Selina Scott, mais bien par Isla Traquair, 28 ans, et par Matt Barbet, 32 ans. Madame Scott poursuit donc la chaîne, comme nous l’apprenait l’édition de lundi dernier du journal The Guardian, pour discrimination due à l’âge. Elle est, peut-être (et n’en déplaise à Janette), l’une des dernières victimes de ce genre de discrimination, puisque l’auditoire de la télé généraliste est aujourd’hui composé par beaucoup de femmes vieillissantes. Les chaînes, ces machines à broyer n’importe qui, devront en tenir compte, si elles veulent encore joindre une masse considérable d’individus. Comme toutes les avancées de l’histoire, c’est une question de nombre (et non pas d’ouverture) qui fera changer les choses. www.icimontreal.com |
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| Dernière mise à jour : ( 05-09-2008 ) |
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