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Pastiche d'été Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Journal ICI   
25-08-2008


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Image Communication de Francinette Gladu, femme de théâtre et écrivaine

Dans le cadre du Colloque: S'auto-inventer dans la trace scripturaire.
Gaétan Soucy

J'aimerais commencer par dire que je ne prétends à aucune compétence particulière pour m'adresser à vous. Il ne sera question que de mon rapport à l'écriture. Déjà, rapport veut dire (veut dire?) relation. Relation à quoi? Puisque le texte n'existe pas encore, on peut affirmer que le rapport à l'écriture à venir est une expérience nue avec le rien. Et comme «l'objet» de mon écriture est l'écriture même, mon texte se (con)fond à l'objet qu'il suscite. Une écriture de l'écriture, une relation au rien. Au sens strict, je dis le rien, le rien se dit à travers mon écrire. Cela, en l'an 2008, est tout à fait nouveau, et propre à ressusciter la passion de la lecture. On pourrait avancer à la limite, et je l'assume, que je n'ai rien à dire. Mon texte se tisse, et je me tisse en lui. Cela se dit con-naître, naître-avec.

J'aimerais prévenir ici un malentendu. Un poète persan disait: «Sois!» Mais j'ajouterais: avec. «Sois avec». Le malentendu consisterait à croire que je n'existe que pour et par mon texte, que ma textualité est ma texture. Or, j'existe avant d'écrire. En ce moment même, je n'écris pas, j'existe pourtant. Mais, n'allons pas trop vite. Si j'existe avant d'écrire, c'est justement dans mon attente du texte, mon attente qui est aussi mon entente. Et ce, dans un triple sens. Je m'entends bien avec mon texte (nulle «chicane» entre nous); j'entends mon texte dans son «résonnement»; mon texte se donne à entendre, c'est-à-dire à comprendre: écrire, c'est écouter. Ce malentendu dissipé, passons au vif de mon propos.

J'aimerais d'abord remercier l'Amie. Celle vers qui mon écrit va, avant que de me revenir, sur ses petits pieds enchantés que sont les mots. Babette, tu te reconnaîtras ici, dans l'écho de nos jeux d'écriture croisée, reviviscence des complicités de notre enfance, quand nous courions les torrents de Saint-Burnemauve, ma «petite botte de céleri», ma sœur en poésie et mémoire.

Ce matin (appelons cela, si vous voulez, «l'écart de l'inerrance»), je m'ouvre à la délicatesse de cette feuille, de sa soyeuse surface, feuille sur laquelle j'écris après l'avoir coupée en quatre comme un cheveu, mais qui pourrait être tout aussi bien la feuille de l'Hénaurimus flabicius concurbitacum altero-bicaë qui, en toute simplicité, vient battre sa ramure contre la fenêtre de mon atelier-écritoire, pendant que me berce le trouble doux des Préludes qu'exécute avec son délié habituel Maurizio Pollini, 1975, Deutsche Gramophon, 413 796-2 («moi aussi, je suis un jardin»). C'est le matin donc, mais je sais que l'écriture est une entrée dans la nuit. À ma mémoire remontent pourtant les grands soleils giclant des toiles de ma sœur en théâtre Thimotinette Labine. Avant que d'y tremper ma plume d'Oie, j'avale une bonne gorgée à mon encrier, mâchonne un coin de mon papier soyeux, afin de me pénétrer bien de la nuit scripturaire (geste fraternel vers Maurice Blanchot, souvenir ému dans le salut vers le «combattant au masque de feu» René Char!). L'écriture coupe et ente, rompt et raboudine, miel et effroi. Humour? demandera-t-on. Et je réponds dans un éclat de rire: Oui, humour! Pourquoi pas, à la fin? Copines, oh mes copines, nos fous rires ensemble, dans la sœuritude, nous qui savons tant ne pas nous prendre au sérieux!
(Deux heures et demie plus tard.)

(...) et j'ai nommé le geste d'écrire. Écrire la mémoire, mémoriser l'écriture, c'est tout un. Que cette vérité apparaisse: mémoire et écriture sont sœurs. D'où l'existence des agendas. Si je ne l'avais noté, inscrit dans la chair de la page, me serais-je souvenu de venir ici produire cette communication, afin de partager avec vous ce pain de solitude solidaire?

J'aimerais conclure en rappelant que, par l'écriture, par la trace scripturaire comme l'a si bien nommée notre hôte et ami Armansoin Beaufort, que par elle donc, l'Autre vient à moi. Sa nuit vient à moi et regarde mon visage. L'Autre (et c'est peut-être toi ?) est un appel à moi, est une faim de moi. Il me contemple, sa soif me cherche. Mes seins et le mystère de mon désir («dont tu ne sauras jamais rien») l'ensorcellent, tandis que son regard m'espère et me veut dans un arrachement de soupirs. Ils marchaient côte à côte le long du canal, leurs ombres de même, il parlait, disait des mots, et elle pensait: «Rien. Ne dire rien». Oui, l'écriture nous ouvre à l'Autre, libère des pièges du narcissisme.

(Sa voix tâchant de dominer le vacarme de l'ovation debout:)

N'oubliez pas que mon dernier essai, Écritures, est en vente à la table en sortant, à droite, devant les toilettes.
 
Montréal, 15 août 2008 www.icimontreal.com
Dernière mise à jour : ( 25-08-2008 )
 
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