Les Nouvelles
Orphée et Eurydice
| Orphée et Eurydice |
|
|
|
| Écrit par Marie-Eve Grisé-Blais | |
| 11-06-2008 | |
de Marie Chouinard au Festival Transamériques
L'érotisme d'un mythe
Dans Orphée et Eurydice, Marie Chouinard surprend encore avec une chorégraphie riche en métaphores et en provocation, où s’entremêlent nudité, érotisme et tourments. Inspirée du mythe grec du même nom, la danse exprime le souffle viscéral de la création dans un spasme de pureté et de folie.
La légende grecque d'Orphée et Eurydice est celle d’un amour déchiré par un destin tragique. Orphée est poète et musicien et sait, par ses lyres, charmer hommes et animaux. Sa douce moitié, Eurydice, meurt tragiquement à l’aube de leurs noces, mordue par un serpent venimeux et de ce fait, les enfers brûlants la font prisonnière. Pour récupérer sa dulcinée grâce à sa musique, Orphée traverse une foule d’épreuves sordides. Triomphant et en route vers la surface, il doit respecter une promesse : ne jamais regarder en arrière. Malheureusement, Orphée succombe à la curiosité et perd à tout jamais Eurydice aux mains du royaume des morts. Il jure de ne jamais plus aimer et provoque la colère des Bacchantes qui le déchiquette sans merci. La tête d’Orphée est jetée à la mer et s’échoue sur les rivages de l’île des lesbiennes qui le vénèrent à tout jamais pour sa poésie. Ainsi, la chorégraphie Orphée et Eurydice est une création extravagante qui manifeste les moments les plus intimes du corps humain et parle d’inspiration. Devant une interprétation aussi crue pas-tout-à-fait-traditionnelle, on reste sidérés. Pour apprécier l’œuvre et son originalité, il faut de l’ouverture d’esprit et du cran. Côté prestation, les danseurs d’exception, sont souvent dénudés et portent fièrement la perfection de leurs corps qui dévoilent une musculature impressionnante. Leur corps est un outil qu’ils manipulent au gré de leurs fantaisies. C’est ainsi que, sur une musique éclatée, allant du classique langoureux au techno grinchant, le corps s’élance et y va de sa touche musicale personnalisée. Les danseurs émettent des sons qui viennent ponctuer la chorégraphie et sortir le spectateur de sa torpeur. Cris, soupirs, murmures, gémissements, grondements sont guidés par la musique du compositeur Louis Dufort et viennent déranger le confort du public. Un nouveau langage informe naît sous nos yeux. Dans un même ordre d’idée, le concept récurrent demeure celui de l’inspiration d’Orphée qui se traduit en sonorités gutturales. Les danseurs déroulent de leurs gorges en rubans étranges et dissonants des bandes de sons qu’ils arrachent aux profondeurs de leurs entrailles. Ce geste symbolique revient constamment et des dizaines d’Orphées et d’Eurydices semblent possédés par la douleur et succombent aux pulsions de l’inconscient dans une cacophonie sans égal. En outre, l’univers surréel de Marie Chouinard et ses danseurs laisse perplexe devant tant de symbolisme. L’interprétation dépourvue de censure et complètement flyée, fait place aux corps déchaînés qui déstabilisent. Les mouvements frôlent la dislocation et semblent parfois douloureux. En ce sens, l’univers onirique créé imprègne de mystère chaque pas de danse et fait plonger le spectateur dans l’inexplicable. Les tabous n’ont pas leur place dans ce mythe érotique. On ne s’étonnera pas que les danseurs soient torses nus, hommes comme femmes, comme c’est bien commun en danse moderne. Dans certains actes, les hommes sont uniquement affublés de souliers plateformes géants et de prothèses en forme de pénis. Ces êtres androgynes évoluent sous nos yeux écarquillés, tandis que notre cerveau s’évertue à trouver du sens à pareilles images. Et les métaphores de ce genre n’en finissent plus. Le sexe est apparemment une source d’inspiration pour Chouinard qui repousse les limites de l’acceptable. La promiscuité entre hommes et femmes est au cœur de ses préoccupations et sert à dépeindre des thèmes tels l’orgasme, la dualité, la sensualité et la sexualité. Marie Chouinard n’en est pas à son premier succès. C’est une icône qui soulève les passions depuis les années 1980. Il n’a pas à dire, on l’aime ou on ne l’aime pas! Fascinée qu’elle est par la vie, la mort et l’éros, elle sonde les univers opposés dans un désir de mieux les saisir et de les communiquer au public. Audacieuse, voire excentrique, on la dit impudique, provocatrice, charnelle. Sa recherche du corps sensible et sensuel a trouvé des adeptes de par le monde via quelques-unes de ses œuvres acclamées internationalement telles Space, Time and Beyond (1986), Les trous du ciel (1991), Le sacre du printemps (1993), bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_gOLDBERG (2005). Elle y va même d’un recueil de poésie, Chantier des extases qui vient de paraître aux Éditions du passage. Dans Orphée et Eurydice, il n’y a pas de vérité sauf celle du corps qui traduit l’âme. Les magnifiques et talentueux danseurs de la compagnie se donnent à 100% et Chouinard en profite, s’éclate et se rit des préjugés. Son univers choque, suscite la controverse et perturbe. Il faut le voir pour le croire! |
|
| Dernière mise à jour : ( 11-06-2008 ) |
| < Précédent | Suivant > |
|---|