Les Nouvelles
Poésie
| Poésie |
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| Écrit par Félix Bowles | |
| 05-06-2008 | |
Retour sur une soirée des Éditions des poètes de brousse
Le travail exécuté par les Éditions des poètes de brousse depuis sa fondation par Jean-François Poupart et Kim Doré en 2004 est colossal, voire essentiel dans le paysage de la poésie québécoise. L’enfant pauvre de la littérature (déjà pas très fortunée celle-là) en guerre constante pour sa propre légitimité (si personne ne la lit hors d’un cercle d’initié, à qui parle-t-elle?) descend directement dans la rue avec les Poètes de brousse. On y tient un propos complexe, libéré, lucide et aveugle tout à la fois; il y a cette foi chez ces poètes qui tend à démontrer par l’exemple que la poésie est peut-être, après tout, la meilleure, la seule façon de parler de notre monde. D’abord en abordant la vie dans ce qu’elle a de plus intime, en refusant les réductions simplistes, en attaquant avec courage et directement dans le mot la difficulté de notre condition d’être-parlant.
Et en ce vendredi pluvieux au Quai des Brumes, qu’avaient-ils à dire? J’ai déjà deux pintes dans le corps quand Mutante Thérèse entame un set endiablé, distorsion au fond, et son bien équilibré; tout le monde tourne la tête. Peut-être y-a-t-il là exactement la philosophie de la maison d’éditions. Il s’agit d’un cri brutal, mais contenant une dose calculée de subtilité. Un riff de guitare est sans doute parfait pour dépoussiérer chez les plus récalcitrant l’idée toute faite de la poésie assommante et hermétique. Réjean Thomas notre maître de cérémonie (joyeuse et curieuse bête) s’avance ensuite au micro avec sa gueule incomparable (entre un vampire et un clochard), nous annonce à peu près que les poètes de brousse se lancent dès aujourd’hui dans un agence de rencontre et le bal est lancé. Se succèdent ensuite les poètes, accompagnés de Mutante Thérèse, en couple pour la plupart, chacun lisant des extraits de l’oeuvre de l’autre, créant une sorte de dialogue entre les textes. Chaque strophe fait écho à celle qui la précède, on entend un sens à la fois nouveau et étrangement similaire. La qualité des textes permet ce jeu de relance poétique, on assiste alors à une curieuse symbiose entre les poètes, les textes et le public, à moitié étonné et heureux. Citons au passage les performances du duo Cyr-Lessard, avec juste ce qu’il faut de fragilité et celle des toujours bons et intenses Poupart et Bergeron. Notons aussi la ravissante Kim Doré dont le charisme ne démord pas. De leur propre dire, certains d’entre-eux me confient qu’on les appelle aussi les poètes de brosse. On comprend vite qu’outre le fait qu’ils n’aient pas la langue dans leur poche, ils savent boire dru et même sur scène. Passablement émechés, le duo Cotton-Catellier entre sur scène comme une tonne de brique sur une orchidé. La violence de la décharge réveille les plus endormis (il est déjà 2h du matin) et moi, ravi que je suis, j’embarque sur scène avec mon appareil photo numérique et je les mitraille de flash. L’effet est réussi, me dit-on. Quant à eux, ils “ne se rappellent pas, ne savent rien et n’ont rien vu.”, me déclarent-ils dès leur retour dans la salle.
L’endurance mentale que demande une soirée de ce type, bruits et sens se confondant sans cesse, est surhumaine. Je dois avoué que la sensibilité s’émousse à la longue, l’attention aussi, et il devient plus difficile de recevoir avec le respect mérité chaque vers qu’on vous lance comme une bouée. Mais la soirée se termine juste à temps, par une succession de jabs poétiques de trente seconde au micro-ouvert. Tout se termine dans un chaos total, on nous dit de déguerpir. Il est trop tard, j’ai des bleus. Une soirée très réussie finalement.
PHOTOS: © Felix Bowles. Visitez notre section photo pour en voir plus.
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| Dernière mise à jour : ( 05-06-2008 ) |
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