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Le vinyle se porte bien
| Le vinyle se porte bien |
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| Écrit par Noémie Désilets | |
| 05-06-2008 | |
Une plongée dans l'univers du vinyle, objet indémodable qu'on croyait définitivement enterré par l'arrivée du CD...suite et fin, par Noémie DésiletsLe vinyle se porte bien, et qui de mieux placé pour en témoigner que ceux qui en on fait leur gagne-pain ? J’ai tâté le pouls du côté de deux disquaires montréalais et d’une maison de production canadienne afin de faire le constat d’un phénomène que l’industrie musicale n’attendait pas. Nice Music/Death of Vinyl est probablement le secret le mieux gardé du petit monde du vinyle. Sorte d’hybride entre l’entrepôt de disques, le quartier général d’une vaste opération de distribution et le lieux d’événements spéciaux divers ayant comme trame de fond, vous l’aurez deviné, le vinyle, Nice Music/Death of Vinyl est un incontournable pour tout pèlerinage sur le chemin du microsillon. Le sympathique propriétaire, Daniel Hadley, travaille dans le monde du disque usagé depuis l’âge de 16 ans et si quelqu’un connaît quelque chose sur le sujet, c’est bien lui. Un DJ est généralement à l’œuvre sur l’une des quelques tables tournantes faisant office de postes d’écoute pour les clients, et la quantité incroyable de disques en vente donne au local un air de bordel permanent. L’endroit se démarque des autres disquaires par sa sélection de disques à très bas prix, par l’approche «entrepôt», où on retrouve d’à peu près tout, même les choses qui ne se vendent pas (Ginette Reno, René Simard et Barbra Streisand, selon les dires de Hadley), mais aussi les événements spéciaux organisés plus ou moins régulièrement et qui servent à faire vivre la boutique tout en permettant une solidification de la «culture du vinyle». Death of Vinyl est aussi spécialisé dans la musique électronique autre que le House, proposant des nouveautés Dubstep, Breakbeat et Drum&Bass. Sans être à l’opposé de Death of Vinyl, la boutique Le Ren’Art Bleu fait marcher sa table tournante dans une classe à part. Mélangeant musique, beaux-arts et cinéma de répertoire, ce disquaire a une esthétique bien particulière (murs de briques et jolis présentoirs) et une ambiance chaleureuse, voire plus familiale que la plupart des boutiques voisines sur la très visitée rue St-Denis. À entendre parler Alain, acheteur pour le Ren’Art Bleu et grand passionné du disque qui écrit aussi pour la revue Québec Audio, on comprend qu’une énergie égale est investie dans l’aménagement des lieux et dans le produit, et que le souci de qualité est à la base du succès de ce disquaire qui existe depuis maintenant deux ans. Ce souci de qualité va jusque dans l’étiquetage des items, alors que l’on cherche le plus possible à préserver l’emballage original du disque. La qualité des disques, des plus chers exposés dans les vitrines en passant par ceux, presque gratuits, que l’on retrouve dans des caisses devant la boutique les jours ensoleillés, est une priorité. Chaque item qui entre dans le magasin est inspecté et n’est mis en vente que s’il est en bon état et que sa qualité sonore est satisfaisante. Au Ren’Art Bleu, usagé ne rime pas avec médiocrité. Bien que l’on retrouve au Ren’Art Bleu, comme chez Death of Vinyl, une sélection de disques se vendant pour quelques dollars ou moins, les collectionneurs seront aussi heureux d’y dénicher des éditions limitées et des items de collection (moyennant plusieurs dollars supplémentaires, bien sûr), une assez vaste sélection de CD (du rock, mais aussi du jazz et du classique), des DVD et coffrets des classiques du cinéma et de la télévision. La boutique se dédouble aussi avec une galerie d’art, exposant le travail d’artistes locaux. Clientèles Malgré la relative petitesse du marché du disque à Montréal, la clientèle des deux boutiques est fidèle : «Très peu de gens ne repassent pas», note Hadley, alors qu’Alain ajoute que ceux qui font le tour des disquaires sont souvent les mêmes. Hadley décrit sa clientèle comme un mélange de DJs et de collectionneurs. Pour les premiers, qui cherchent souvent à vivre de leur musique, le vinyle est un outil de travail. Pour les collectionneurs, l’amour de la musique est la principale motivation. Bien que Death of Vinyl compte beaucoup d’hommes parmi sa clientèle, Hadley note une augmentation du nombre de femmes qui fréquentent la boutique. Selon lui, elles achètent de plus en plus de rock indépendant et arrivent très informées. Le Ren’Art Bleu accueille aussi une faune diversifiée, constituée de mélomanes intéressés par les disques plus haut de gamme ainsi que de plus en plus d’étudiants qui achètent en fonction de leur budget et commencent souvent par les classiques de la musique rock. «Ici, les gens ont le choix. Il y a des disques à 1$ et il y a des disques à 100$», ajoute Alain pour justifier la présence d’une clientèle variée. Il apparaît donc évident que le vinyle exerce une fascination qui transcende les générations. Que cette fascination soit liée au prix, au son ou à la valeur de l’objet, chacun y trouve son compte. On ne peut pas nécessairement en dire autant du CD. Hypothèses Étrangement, le vieillissement de la population a peut-être beaucoup à voir avec la récente popularité du vinyle. Selon Hadley, ceux qui achetaient des disques à la belle époque du microsillon ont maintenant plus de 60 ans et beaucoup n’ont jamais fait la transition vers le CD. Comme ils commencent à vieillir (et à mourir), des collections impressionnantes de disques se retrouvent sur le marché, ou sont transférées aux enfants qui se découvrent une passion pour ce format, créant une nouvelle génération de collectionneurs. La satisfaction d’en avoir plus pour son argent est rapidement soulignée par le propriétaire de Death of Vinyl, propos partagé par Alain du Ren’Art Bleu. À 1$ le disque, ont peut ressortir de chez le disquaire avec l’équivalent de 100 chansons pour le prix d’un CD. Le disque en tant qu’objet tangible exerce aussi un certain attrait. Hadley suppose que le vinyle, à la manière d’un chandail acheté lors d’un concert, concrétise l’expérience, alors qu’Alain insiste beaucoup sur l’aspect décoratif du disque, qu’il compare en ce sens à un livre qu’on pose sur une étagère. Alors que le CD est reproductible et généralement peu élaboré au plan visuel et que le MP3 est froid et loin d’être concret, le vinyle à l’avantage d’être un produit complet : plus grande qualité sonore, photos et paroles souvent incluses, esthétisme de la pochette et nombre limité d’éditions sur le marché. «Je trouve que ça nous rapproche de l’artiste», avance Alain, «le format vinyle, c’est plus intéressant pour un jeune qui a un côté artistique». Ce qui est à prévoir Daniel Hadley et Alain parlent tous deux de la popularité grandissante du vinyle en terme de mode. Pour Hadley, ça ne fait que commencer, et on peut s’attendre à voir de plus en plus de disques arriver sur le marché. L’une des ses préoccupations pour le futur est le recyclage des disques qui ne se vendent pas, le pétrole étant dans la situation qu’on lui connaît actuellement. Pour Alain, il restera toujours des inconditionnels du vinyle, mais il hésite à affirmer que ce format continuera à gagner en popularité, entre autres à cause de la hausse du prix du pétrole qui risque de freiner la mise en marché de rééditions. Pour ce qui est des artistes émergeants et alternatifs qui distribuent leur musique sur vinyle, Alain confirme que l’initiative n’est pas lucrative. Les disques se vendent, surtout au niveau du rock indépendant, mais ce n’est pas ce qui fait vivre les artistes. Dans cette perspective, le vinyle devient une pièce de collection ou un complément au fichier MP3. Du côté d’Arts & Crafts, la maison de disque canadienne qui produit entre autres Broken Social Scene, Feist et Stars, on a fait écho à cette hypothèse. «Le vinyle existe depuis longtemps et semble faire un grand retour, en partie en raison de l’ajout de fichiers numériques», m’écrit Marcello au nom de ses collègues. À moins que le budget ne le permette pas, Arts & Crafts distribue tous ses albums sur vinyle, en incluant désormais une carte permettant le téléchargement de l’album en entier en format MP3. Le meilleur des deux mondes, quoi ! Optimiste, la bande d’Arts & Crafts ne croit pas que l’extinction attende le vinyle. Reste à voir comment les gros joueurs de l’industrie musicale se positionneront face au retour qu’effectue le vinyle. Nice Music/Death of Vinyl 435, Beaubien Ouest, Montréal Téléphone: 514-279-9380 Site Web : www.deathofvinyl.com Le Ren’Art Bleu 4418, rue St-Denis, Montréal Téléphone : 514-842-5521 Site Web : www.lerenartbleu.com |
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| Dernière mise à jour : ( 09-06-2008 ) |
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