Journal ICI
Rémy par Fabienne...
| Rémy par Fabienne... |
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| Écrit par Journal ICI | |
| 15-05-2008 | |
Rémy Girard est un acteur avec qui j'ai des atomes crochus et qui a la cote auprès du public.
Cet homme attachant, qui n'a pas la langue dans sa poche, a accepté fort aimablement de répondre aux questions que j'avais envie de lui poser. Sans fausse pudeur. Fabienne Larouche Si je te donnais le choix entre un film avec les frères Coen, un rôle principal dans une série sur ABC ou Tartuffe à la Comédie française à Paris, qu'est-ce que tu choisirais? Un film avec les frères Coen. D'après toi, Rémy, est-ce que le père Ubu sortait avec une sympathisante des Hell's Angels? Mère Ubu a sûrement déjà été, non pas une sympathisante, mais «une» membre en règle des Hell's Angels. As-tu déjà pensé à tout lâcher? Quand? Pourquoi? Jamais. Si tu n'étais pas comédien, qu'est-ce que tu serais? Oh! Mon Dieu! J'aurais fait bien des choses, mais j'aurais probablement été ingénieur en électronique. Ou pilote d'avion. J'adore ça. As-tu plus peur du réchauffement de la planète ou de George Bush? Du réchauffement, oui (rires). George Bush, on va s'en débarrasser bientôt. Es-tu plus un cérébral ou un manuel? Un auditif ou un visuel? Un manuel et un auditif. D'après toi, est-ce que ça existe encore des artistes engagés comme dans les années 60 et 70? Oui, y'en a, des chanteurs, entre autres. Pour moi, Pierre Curzi, c'est un artiste engagé. Le Québec, en une phrase, ça serait quoi? L'attente. On attend. On sait pas quoi, mais on attend. Montréal en une phrase, ça serait quoi? La culture. Si tu étais un immigrant qui vient vivre au Québec, tu serais quoi? Pourquoi? Un Français. Parce qu'il y en a plusieurs qui veulent y venir, pas tous réussissent. Le plus beau moment de ta vie? La naissance de mon fils. Ensuite, Cannes 2003. Ça fait quoi d'être cité dans le New York Times comme étant l'un des meilleurs comédiens de l'année? Ça m'a beaucoup touché. Pas flatté, touché. Parce qu'on entend souvent parler des réalisateurs de cinéma aux États-Unis, pas beaucoup des acteurs. Dans l'article du New York Times, on parlait des performances d'acteurs. Ça m'a ému. Qu'est-ce que ça fait d'être vu à la télé par un milliard de personnes? Aux Oscars! C'est un sentiment très spécial. Assez unique, en fait. La rétrospective des grands moments. Je n'en revenais pas quand j'ai vu ça. Quand je le regarde sur l'enregistrement, je n'y crois pas encore. Un comédien qui joue le rôle d'un mourant pense-t-il à sa propre mort? Absolument. D'ailleurs, tout le monde y pensait sur le plateau des Invasions barbares. Tout le monde sans exception. Es-tu déçu des soixante-huitards? Non, je suis pas déçu des babyboomers. Je trouve que, dans l'ensemble, on a fait du bon travail. Bon, maintenant, on s'en va doucement vers la retraite, mais dans l'ensemble, c'est plutôt positif. Puis si on continue de travailler, je pense pas qu'on enlève quoi que ce soit à qui que ce soit. Je suis surtout déçu de l'Occident, mais pas des babyboomers. Dirais-tu des intellectuels comme Jean-Paul Sartre ou Hubert Aquin qu'ils sont disparus, qu'on ne les entend plus? On n'entend plus beaucoup les intellectuels, c'est vrai. Surtout ici, chez nous, moins en France, où on les respecte encore. Chez nous, on les considère comme des «pelleteux de nuages», comme disait Duplessis. C'est malheureux. Au Québec, on ne les écoute pas, on ne les respecte pas, mais on devrait. Les médias ont-ils réponse à tout? Les médias devraient surtout avoir des bonnes questions. Ce que j'aime le plus d'un bon journaliste, c'est lorsqu'il pose la maudite bonne question. Comme Yves Boisvert, mon préféré. En fait, si tu veux des réponses, ça commence par des bonnes questions. Penses-tu que John F. Kennedy a été un grand président? Il a été un président très charismatique. Un «grand» président, on n'a pas eu le temps de le savoir... Faut dire que la guerre du Vietnam, l'invasion de la Baie des cochons, c'est lui. Mais la conquête de l'espace aussi, c'est lui. C'était une star. Qu'est-ce que tu penses de son frère Bobby? On va fêter le 40e anniversaire de son assassinat le 6 juin prochain... Je ne sais pas s'il aurait fait un bon président, peut-être pas, à cause de son intransigeance, son manque de souplesse. Certains prétendent que Ted Kennedy serait devenu le meilleur des trois. Aurais-tu pu être un bandit? Comment? Pourquoi? Quelle sorte de bandit? Jamais! Je respecte trop les lois pour ça. Impossible. Es-tu plus Dalaï Lama ou plus Mère Térésa? Ni l'un ni l'autre. Es-tu plus Chine ou plus Corée du Nord? Chine, parce que c'est l'avenir, la culture, la vitalité. La Corée du Nord, c'est le passé. Est-ce que tu penses que la solidarité existe encore? Pas beaucoup, non, malheureusement. Je crois qu'on est dans un monde plus individualiste. Les jeunes sont comme ça... La société est comme ça. Faut faire attention, les babyboomers sont pas riches aujourd'hui... Leurs parents, oui... Leurs enfants, parfois, mais pas eux comme groupe. Ils sont encore un peu pantouflards et «granoles», mais riches, non. En une phrase... ça va mal dans le monde, parce que...? Parce que l'Occident ne cherche que son profit. Est-ce qu'on a le droit de voler un œuf pour nourrir ses enfants? Un bœuf? Un œuf, oui. Un bœuf aussi. Comprends-tu mieux les criminels depuis que tu as joué le rôle de Lucien Rivard dans Le piège américain? Non. J'ai jamais compris comment on pouvait devenir criminel. Je vois des circonstances atténuantes, mais si tous les pauvres qui ont eu des problèmes dans leur enfance étaient devenus des criminels, ça serait tragique socialement. Si tu avais les moyens d'effacer un événement du cours de l'histoire, lequel? Les Plaines d'Abraham. On s'est fait avoir parce qu'on a pas voulu se replier dans la citadelle. Montcalm voulait une bataille rangée sur les plaines. Alors que, si on avait attendu l'hiver dans la Citadelle, jamais les Anglais n'auraient pris Québec. Mais bon, on n'enseigne plus cette histoire-là dans les écoles, donc on oublie. Si tu pouvais rencontrer Lucien Rivard et lui poser trois questions, qu'est-ce que tu lui demanderais? Pourquoi tu n'as pas utilisé un intermédiaire pour Laredo plutôt que de parler directement au passeur? Pourquoi il a fait confiance à la CIA? Pourquoi tu n'as pas eu d'enfant? Rémy, à toi aussi on te pose la même sempiternelle question sur ton acharnement au travail. On dit que tu es partout. Est-ce que la paresse serait la norme au Québec pour que les gens travailleurs soient perçus comme des excentriques? Ça, c'est une création des médias et surtout pour les acteurs. On ne dit pas ça des chanteurs, des humoristes. On n'a jamais dit ça de Gilles Vigneault ou de Ginette Reno. On n'a jamais dit ça des animateurs de la radio ou de la télévision. On dit ça des acteurs. Mais pas le public. Moi, quand je rencontre les gens dans la rue, ils me demandent: «Monsieur Girard, qu'est-ce que vous nous préparez de bon en ce moment?» On me dit jamais que je travaille trop. www.icimontreal.com |
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| Dernière mise à jour : ( 15-05-2008 ) |
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