Journal ICI
EGO TRIP
| EGO TRIP |
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| Écrit par Journal ICI | |
| 15-05-2008 | |
Kanye West s'amène mardi en terre montréalaise, avec sa troupe de Glow in the Dark.
Collectionnant les coups d'éclat comme autant d'affronts personnels, celui qui cultive si bien l'arrogance soulève la question: faut-il avoir la grosse tête pour l'emploi de star? La semaine passée, l'excentrique pianiste Gonzales nous servait toute une mise en scène sur l'ego de l'artiste, comme fil conducteur de son concert à La Tulipe. On l'y voyait engueuler vertement (et faussement - on a bien dit «mise en scène») ses acolytes multi-instrumentistes du Together Ensemble, les Montréalais Katie Moore, SoCalled et Matthew Flowers, ainsi que le batteur Mocky. La simplissime mais savoureuse histoire de fond scindait les artistes par leurs ego respectifs, au centre desquels Gonzales régnait, intempestif: «Qu'est-ce qui m'a pris de m'entourer d'artistes moins talentueux que moi?!», «Ils m'ont bousillé mon hit!», et autres «Être gentil, t'es folle ou quoi? Des plans pour qu'ils prennent ma gentillesse pour de la faiblesse..!» s'alternaient de reproches vestimentaires et de moues pleines d'opprobre. Gonzo, ayant travaillé étroitement avec Leslie Feist («c'est MOI qui l'ai faite!», sourire en coin) et Jane Birkin, ainsi que Peaches et le TTC Teki Latex, voulait manifestement commenter le besoin de reconnaissance de l'artiste, ce grand centre d'attraction... et d'attention. Kanye West, l'enfant-roi Lorsqu'on interroge Gonzales, qui a lui-même été MC, sur la tendance du hip-hop à se parer d'ego démesurés, celui-ci répond: «[C'est le] seul genre de musique qui n'est pas en déni sur le fonction de la communication avec le public. Ça privilégie le superficiel, et donc ça finit par être plus honnête par rapport au véritable but.» Bon point monsieur G, très bon point. Né et ayant grandi au sein de la classe moyenne d'Atlanta, Kanye semble puiser encore davantage son art aux sources de l'arrogance que, par exemple, les rappeurs provenant de la rue. Car si ces derniers le font avec une violence hors du commun, lui n'a que sa force de caractère pour fronder son public. Il doit défendre sa crédibilité à deux flancs; d'être un parvenu de l'un, et d'être trop mou pour être street de l'autre. Rappelons tout de même pour la forme que prince West est monté sur la scène des MTV Europe Music Awards en 2006 pour chigner au micro qu'il s'était fait ravir son prix du meilleur vidéo de l'année par Justice. «Mon vidéo a coûté un million et il y a Pamela Anderson dedans!», scandait-il. «Eux ne sont que des euro-trash!». La grande classe. Ses esclandres se sont multipliées par la suite, allant de sa rivalité avec 50 Cent à la crise en coulisses des Video Music Awards cette année, quelques jours avant la sortie de son plus récent Graduation, où il décrétait un boycott définitif de l'organisation. Résolution difficile à prendre au sérieux, par-dessus tout. Certains arguent que ce dernier album a souffert de rimes pauvres, tournant beaucoup trop autour de son obsession à s'auto-proclamer vedette. Mais si Kanye puise son inspiration à même son insécurité (et son désir de la masquer), celle-ci le rend fébrile, et sa constante crise d'identité le rapproche probablement de ses fans. Comme le dit si bien Gonzales, «le métier d'entertainer est basé sur un besoin de validation d'ego - la preuve d'existence. Surtout par rapport au mythe de 'l'artiste modeste', qui n'existe pas. Un vrai artiste modeste n'aurait pas besoin de se produire sur scène ou sortir des disques.» La question se pose donc en d'autres mots: un comportement vaniteux participe-t-il davantage à mousser la personnalité de l'artiste qu'à miner son intégrité? Omnikrom, les étincelants Tout ce qui brille n'est pas d'or. Mais si on peut briller, pourquoi choisir de se fondre dans la foule? C'est ce que semblent dire Jeanbart et Linso Gabbo d'Omnikrom. «La plus grande erreur que les gens font sur notre compte, c'est de croire que ce qu'on fait, c'est de la parodie», explique Jeanbart au sujet de son groupe qui défraie les manchettes pour son goût du luxe et ses paroles crues, et ce, depuis la sortie du maxi Futurs millionnaires vol.2: 24 pouces glacés et derechef de Trop banane!, leur album complet. «C'est plus sérieux que ce que les gens pensent. On ne fait pas ça pour rire des stéréotypes du rap; on pense ça pour vrai!» Et «ça», c'est le culte de la personnalité, l'ego juste assez grand pour entrer dans la porte du club, un style à tout casser et le matérialisme qui va avec. Omnikrom et Kanye West, un même combat... plus grand que nature? «La musique, c'est un divertissement. Nous, on est comme dans un film. L'ego trip est important, comme l'image», commence Jeanbart quand on lui parle de tape-à-l'œil. «Faut pas se mentir: en musique l'image constitue un bon 50% du succès. Les gens s'identifient à ce qu'ils voient, en rap comme en musique emo. Au Québec, on mise souvent sur l'inverse, le 'je suis pas mieux que les autres', le petit gars du peuple. Mais c'est une image ça aussi.» Une chose est sûre: ce qu'il n'est pas possible de flouer avec des fringues griffées ou des envolées présomptueuses, c'est le dévouement d'un performer à sa propre cause. Et même si les élans de Kanye (qui s'est, pour sa part, déjà mis en scène, sans dérision aucune, sur la une du Rolling Stone en Sauveur de la musique, couronne de ronces et croix à l'appui) frisent parfois le désespoir, sa volonté n'est certainement pas de toc. De la tournée Glow in the Dark, le Entertainment Weekly dit d'ailleurs que «Kanye West amène ses fans dans un voyage intergalactique, enchaînant ses hits dans un opéra spatial disjoncté qui constitue l'ego trip ultime.» On ne s'attendait pas à moins de lui. www.icimontreal.com |
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| Dernière mise à jour : ( 15-05-2008 ) |
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