| Third |
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| Écrit par Joëlle Girard | |
| 08-05-2008 | |
Critique du nouvel album de Portishead, en magasin depuis le 29 avril
Après plus de 10 ans d’absence, Portishead a renoué pour le plus grand plaisir de ses fans. Présentée comme l’une des formations cultes de la décennie 1990, le trio a repris le flambeau de son douloureux processus créatif pour nous offrir le sensible Third, composé de onze nouvelles pièces à fleur de peau.
Sur ce disque, une tendance industrielle trouve définitivement sa place. À la manière de Godard, qui laissaient parfois des sons de chantier dominer le dialogue de scènes entières, sur plusieurs pièces de Third, la distorsion s’impose. Alors que le cinéma de la nouvelle vague s’est vite butté contre les limites du procédé, Portishead joue plutôt avec celles-ci de manière remarquable. Les sons sont inattendus et l’écoute en est enrichie. À l’enveloppe feutrée, parfaite pour les jours de pluie, on ajoute une lourde noirceur bien maîtrisée. L’élégance mélancolique cède sa place à un besoin de s’exprimer bouillant. Nul doute que Beth Gibbons s’implique désormais dans le processus de composition en y ajoutant sa touche personnelle à celle déjà bien spéciale de Barrow et Utley... Third est un tout bien formé de différentes strates musicales qui mène l’auditeur jusqu’à un univers profond et torturé. Jusqu’où plonger ?
Les pièces comme Silence et Carry On sont accrocheuses, mais aussi accablantes et sombres. La première impression est quasi oppressante. On recherche les sonorités claires comme si Portishead avait déjà connu des jours meilleurs. C’est une réflexion douloureuse sur la société et la façon dont les humains sont conditionnés qui guide le processus créatif du groupe vers ces avenues inquiétantes. «Si notre musique est plus sombre, c'est sans doute que l'époque l'est aussi», estime Adrian Utley, l’un des membres. Ainsi, en studio, ils discutent et partagent leurs angoisses pendant des heures afin de nous offrir des pièces intenses et complètes.
Heureusement, quelques morceaux comme The Rip et Deep Water offrent une lueur d’espoir. La critique d’un monde désarticulé n’est pas présentée comme absolue et fatale, mais plutôt comme un passage à travers lequel il est possible de trouver un certain apaisement, celui de la voix de Gibbons. Sa sensibilité perçante est toujours unique et transcendante. Beth Gibbons est ingénieuse, elle sait se défiler entre timidité et spontanéité, ce qui fait tout son charme. Sur Third, elle semble enfin avoir trouvé sa place exacte au cœur d’arrangements musicaux étonnants.
La chimie est installée. L’équilibre est parfait. La balance oscille d’un côté à l’autre, offrant un mélange intéressant entre la signature connue et reconnue du groupe et ses plus récentes influences. Le résultat est donc un amalgame qui laisse intacte l’esprit créatif du groupe, toutefois en y ajoutant une riche touche contemporaine. Voilà la preuve que même si Portishead a bénéficié d’un repos de dix ans, chacun de ces membres n’a cessé d’évoluer pour nous offrir un nouveau compact à passer en boucle lors des fins de soirées bien particulières... |
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| Dernière mise à jour : ( 08-05-2008 ) |
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